Réactions de femmes contre actions d'hommes

11 octobre 2010

Réactions de femmes contre actions d'hommes

J’observais, un après-midi du mois d’août 2010, depuis la fenêtre du bureau qu’occupe la société pour laquelle je travaille, à Abidjan,  deux hommes entrain de détruire des tables et des bancs. Avec une certaine violence, armés de marteaux, les deux descendants d’Adam – le premier du nom –   brisaient les planches qui avaient servi de sièges à d’autres descendants d’Adam quelques heures ou même quelques minutes avant. Les clous enfoncés dans le bois plusieurs mois ou années auparavant, avec pour mission de soutenir les différentes parties du banc, criaient leur misère face à cette force humaine. Acteurs de ce spectacle peu ordinaire : une demi-dizaine de commerçantes, arrêtée à quelques mètres de là, la main sous le menton, l’air abattu et se posant sûrement mille et une questions. Pourquoi cette méchanceté ? Pourquoi s’acharner sur un banc comme s’il n’allait plus jamais servir ? Un banc, ça sauve. Lequel d’entre nous n’a jamais dit, à un moment où son corps ressentait la fatigue, après une longue marche ou une longue attente debout : « pardon, je peux m’asseoir un peu sur ton banc ? ». Dans la plupart des cas, le propriétaire du banc a répondu par l’affirmative. Offrant ainsi la possibilité à l’œuvre d’un artisan inconnu, de rendre service à un être humain dans le besoin. Et puis, sur un banc, il ya de la place pour deux, trois, quatre…bref, il y’en a pour plusieurs. Je m’interrogeais moi-même sur les raisons de cette destruction anticipée, alors que les bancs et les tables paraissaient, à mon avis, encore solides, bons pour le service. Renseignements pris, il s’agissait des agents de la police municipale. Ils avaient adressé, quelques temps avant la destruction, un avertissement aux commerçantes. Il fallait déguerpir au risque de voir les parasols et ustensiles emportés dans une benne. Et les bancs, tables et autres biens destructibles sur les champs, brisés. Les femmes n’avaient point stoppé leur commerce depuis la mise en garde de la mairie et persévéraient dans leur activité. Nos deux hommes du jour n’étaient que les bourreaux de ces objets. L’ordre étant venu de l’autorité. Je compatissais depuis ma fenêtre à la douleur de ces femmes. Mais quelle ne fut ma surprise quand seulement le lendemain, je vis au même endroit, en venant au bureau, de nouvelles tables et des bancs tout neufs, comme si c’était l’équipe réserve qui remplaçait l’équipe type qui venait d’être mise hors-service. Les femmes reprenaient leur activité comme si rien ne s’était passé la veille. En attendant sûrement, et peut-être patiemment, la prochaine visite de la police municipale.

11/10/2010

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